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"FROM BILLIE HOLIDAY TO EDITH PIAF" - Live in Marciac
CD-DVD Jazz in Marciac/Harmonia Mundi DVD : réalisation Frank Cassenti
Sortie le 5 novembre 2009
Le premier souffle du passé dans son présent ; le second, l’inverse. Qu’est-ce qui pouvait
réunir ces deux solistes, par-delà leur tracé de carrière, si ce n’est une idée plus grande
qu’eux ? Il a fallu que ce soit deux femmes, deux légendes à coup sûr : Edith Piaf et Billie
Holiday. Elles auraient pu réciproquement s’emboîter le pas tant leur vie s’apparente
à une tragédie grecque dont le vingtième siècle aurait exacerbé les traits : chacune portait
une cicatrice trop voyante pour être apaisée par l’onction de la célébrité. La souffrance au
bout de la voix, le mal de vivre, « la vie en rose » qui tourne au bleu à l’aube d’un « sombre
dimanche * » : ces clichés et, plus encore, les titres auxquels ils sont associés disent tout…
Mais une trompette virtuose et un accordéon émancipé annoncent-ils la énième
rencontre entre le jazz et la java ? Ils sont pourtant bien là, ces thèmes en forme
de valse, au tourbillon suggérant ce swing au-delà du swing, ce balancement
qui, pour n’être pas d’une égale élasticité, semble aguerri par un baiser d’outre-
Atlantique. Surtout, il y a cette culture transversale revendiquée par Richard
Galliano–de Bach à Satie, de Charlie Parker à Bill Evans- qui, non content
de brouiller les pistes en se transmuant tour à tour en harmonica, en piano, en orgue,
en flûte, en respirs furtifs… a imposé l’accordéon dans la famille du jazz.
Et sans doute le passé de musicien classique de Wynton Marsalis (on pense aussi à son
admiration pour Maurice André), son acculturation aux codes musicaux de notre pays,
renforcée par le pèlerinage marciacais l’ont-ils momentanément détourné de son oeuvre
de préservation et d’enrichissement du patrimoine musical noir-américain, dont il est
devenu bien plus que le conservateur en chef. Du pavillon de sa trompette s’échappe en
toute maîtrise une généalogie affective frottée à l’aïl tonifiant de son imagination ; des
phrases hardiment pensées, aussi contrôlées qu’elles restent expressives… avec ou sans le débouche-évier des jungles ellingtoniennes.
C’est ainsi qu’en allant chacun à la rencontre de l’autre, tour
à tour au bras de Billie et à celui d’Edith, ils ont fait se lever
un chapiteau qui était venu entendre un moineau perché sur un
gardénia.
François Lacharme
* Gloomy Sunday, thème qui fut censuré par les radios dont la BBC - qui considéraient ses paroles trop déprimantes.