2020
24 july - 16 august

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Tribute

Roy Hargrove Tribute

Chemise blanche discrètement empanachée d’un nœud pap ou d’une cravate étroite, bermuda coupé juste au-dessus du genou, baskets à peine sorties de leur boîte, le tout parachevé par ce trilby que Sinatra n’aurait pas renié  : tels eussent été ses seuls titres de gloire si Roy Hargrove s’était contenté d’un honorable parcours de trompettiste.

Mais lorsque Wynton Marsalis le « découvre » en 1987, il ne sait pas encore que ce jeune texan qui huile les pistons de sa trompette depuis l’âge de 9 ans s’apprête à emboîter le pas d’illustres aînés (Miles Davis, Herbie Hancock...) pour s’adonner aux plaisirs de la transgression. 

Trop profondément artiste pour continuer de suivre les cours savants du Berklee College of Music, il succombe à la promiscuité des clubs new-yorkais afin d’acquérir ce que beaucoup passent toute une vie à convoiter  : un son, une signature, un tempérament. Roy Hargrove, par son respect des anciens et une curiosité insatiable pour les musiques de son temps, a fini par posséder au plus haut degré cette triple culture de la tradition bebop, des musiques populaires noires-américaines des années 70, du rap et du hip hop... En cela, il a dominé cette vague d’hybridation où les musiques urbaines se nourrissent de genres musicaux comme la soul, le jazz, le rhythm’n’blues, utilisant des échantillonneurs (les fameux « samplers ») pour importer des morceaux de thèmes emblématiques dans leur mode d’expression. Impur parmi les purs, il est sollicité par les jeunes phénomènes de la soul et du hip-hop. Les noms pèsent lourd  : Q-Tip, Me’shell Ndegeocello, D’Angelo ou Erykah Badu. Ils le lui rendent bien, participant à son album « Hard Groove ».

Avec Roy HArgrove, la nostalgie  des Seventies fait bon ménage avec les bras d’honneur de quelque rappeur en cour et donne matière à  méditer sa petite sociologie musicale  : dans son rêve neo-funk, les messages subliminaux forment un catalogue édifiant des émois sonores de la communauté noire-américaine. Pourtant, vivre dans son siècle n’a jamais empêché Roy Hargrove de creuser le sillon néo-classique à la tête de son quintette acoustique avec lequel il tournera plusieurs fois autour du monde et enregistrera quelques albums. Etait-ce pour lui une façon de ne jamais couper le cordon ombilical qui le reliait à Clifford Brown, à Freddie Hubbard, à Miles Davis  ? À en juger par la dévotion totale qu’il manifestait vis-à-vis de son art, dévotion parfaitement symétrique au chérissement d’un public qui pressentait que tout n’était pas rose pour ce musicien absolu, on peut affirmer qu’il reste l’un des rares de sa génération à avoir osé aller jusqu’au bout de lui-même, sans tabous ni recherche sensationnelle, avec toujours en point de mire le mystère du mouvement fait musique.

Sa trompette, précise, lyrique, qui laissait à d’autres les paillettes d’une virtuosité empesée, en porte l’éclatant témoignage. 

 

Roy Hargrove © Francis Vernhet